Médecin généraliste aux Abymes, chirurgien-dentiste à Baie-Mahault, kinésithérapeute à Sainte-Rose, sage-femme à Basse-Terre : vos patients vous cherchent en ligne avant d'appeler. Ils veulent savoir où vous êtes, quand vous recevez, comment prendre rendez-vous et ce que coûtera la consultation. Pourtant, beaucoup de soignants hésitent à créer un site internet de professionnel de santé, de peur d'enfreindre la déontologie. Les règles ont changé fin 2020, mais elles restent précises. Voici ce qui est permis, ce qui ne l'est pas, et ce qui est vraiment utile à vos patients.
Cet article est une synthèse pratique. Pour un cas particulier, la référence reste le code de déontologie de votre profession et votre conseil départemental de l'Ordre.
Ce qui a changé en décembre 2020
Pendant longtemps, la publicité était interdite de façon générale aux médecins. Le décret n° 2020-1662 du 22 décembre 2020 a modifié le code de déontologie médicale pour assouplir ces règles, à la suite de la jurisprudence européenne qui jugeait contraire au droit de l'Union une interdiction générale et absolue de publicité pour les soins. Des décrets du même jour ont fait évoluer de manière comparable les codes des chirurgiens-dentistes, des sages-femmes, des infirmiers, des masseurs-kinésithérapeutes et des pédicures-podologues.
Pour les médecins, le nouvel article R. 4127-19-1 du code de la santé publique pose le principe : le médecin est libre de communiquer au public, par tout moyen, y compris sur un site internet, des informations qui aident le patient à choisir librement son praticien, notamment sur ses compétences, ses pratiques, son parcours et ses conditions d'exercice. Cette communication doit être loyale et honnête, ne pas faire appel à des témoignages de tiers, ne pas reposer sur des comparaisons avec d'autres médecins ou établissements, ne pas inciter à des actes inutiles, ne pas porter atteinte à la dignité de la profession et ne pas induire le public en erreur. Le même article autorise aussi la diffusion d'informations scientifiquement étayées, à des fins éducatives ou sanitaires, avec prudence et mesure.
Ce qui reste interdit
Dans les commentaires du code de déontologie médicale (édition mars 2025), le Conseil national de l'Ordre des médecins précise ce qu'un médecin ne doit pas mettre en avant :
- Notes, évaluations, commentaires, remerciements ou témoignages de patients ou de tiers. Pas de widget d'avis Google sur le site, pas de « ils nous font confiance ».
- Photos « avant / après » qui laissent croire à une garantie de résultat.
- Comparatifs de délais, de tarifs ou d'actes avec d'autres praticiens ou établissements.
- Mentions valorisant ses résultats ou affirmant n'avoir jamais fait l'objet de plainte.
- Tout procédé visant un référencement numérique prioritaire, payant ou gratuit. L'article R. 4127-80 l'interdit pour les annuaires, et l'Ordre considère que cette interdiction vaut pour tous les usages d'internet. En pratique, la publicité Google Ads pour se placer en tête des résultats est exclue pour un médecin, tout comme l'usage de hashtags pour cibler des patients potentiels, que l'Ordre range explicitement parmi ces procédés.
Pour les autres professions de santé, les principes sont proches mais les formulations diffèrent d'un code à l'autre : vérifiez le texte de votre Ordre avant toute action de visibilité payante.
Ce qui est utile au patient
Le même document de l'Ordre liste les informations pratiques que le médecin peut, et souvent doit, fournir. C'est une excellente trame pour un site, quelle que soit votre profession :
- Accès : adresse, plan, parking, transports, et conditions d'accessibilité pour les personnes handicapées.
- Organisation : jours et horaires, consultations au cabinet, téléconsultation, visites à domicile, plages pour les soins non programmés, mode d'exercice (libéral, centre de santé, maison de santé pluriprofessionnelle).
- Prise de rendez-vous : comment réserver, par téléphone ou en ligne.
- Informations économiques : pour un médecin libéral, le secteur conventionnel et ce qu'il implique, les honoraires habituellement pratiqués (en fourchettes), les modes de paiement acceptés, et le rappel du tiers payant pour les bénéficiaires de la complémentaire santé solidaire, de l'aide médicale d'État et les victimes d'accident du travail ou de maladie professionnelle.
- Parcours : photo, diplômes et lieux d'obtention, numéro d'inscription à l'Ordre, expérience, langues parlées. En Guadeloupe, préciser que vous consultez aussi en créole ou en anglais rend service à une partie de vos patients.
- Informations de santé : conseils de prévention ou fiches pratiques datées, sourcées, mises à jour, avec des liens vers des sites officiels plutôt que commerciaux, comme le recommande l'Ordre.
Ajoutez un message clair sur la conduite à tenir en cas d'urgence (le 15) et sur ce qui ne relève pas du cabinet : c'est l'une des informations les plus utiles, et l'une des plus souvent oubliées.
La prise de rendez-vous : en ligne et au téléphone
La plupart des patients veulent pouvoir réserver sans attendre au téléphone. Un bouton de prise de rendez-vous visible sur toutes les pages, relié à votre agenda ou à la plateforme que vous utilisez déjà, suffit souvent à réduire nettement les appels. Les options et les points de vigilance sont détaillés dans notre guide de la prise de rendez-vous en ligne.
Le téléphone reste essentiel, notamment pour les patients âgés. Si votre secrétariat est saturé, un agent vocal peut prendre les demandes de rendez-vous, donner les horaires et l'adresse, et transmettre un récapitulatif. Il doit être strictement cadré : aucun conseil médical, orientation immédiate vers le 15 en cas d'urgence, et aucune collecte d'informations de santé non nécessaires. Notre article sur les appels manqués explique comment mesurer ce qui se perd aujourd'hui.
La fiche Google et les avis : ce que l'on peut faire
Une fiche Google existe souvent déjà à votre nom, créée automatiquement. La revendiquer permet de corriger l'adresse, les horaires, le téléphone et d'ajouter le lien vers votre site et votre outil de rendez-vous : c'est de l'information exacte, pas de la promotion.
Les avis sont plus délicats :
- Ne les reprenez pas sur votre site : l'Ordre écarte l'affichage de notes, commentaires et témoignages.
- Ne lancez pas de campagne de collecte d'avis comme le ferait un commerce : solliciter des témoignages pour améliorer son classement se heurte aux mêmes principes. Les méthodes de notre guide des avis Google s'adressent aux entreprises, pas aux praticiens soumis à un code de déontologie.
- Si vous répondez, restez général : le secret professionnel interdit de confirmer qu'une personne est votre patient ou d'évoquer sa prise en charge. Une réponse courtoise qui invite à prendre contact avec le cabinet, ou l'absence de réponse, vaut mieux qu'une justification.
- Un avis injurieux ou diffamatoire peut être signalé à Google ; en cas de préjudice sérieux, rapprochez-vous de votre Ordre ou d'un avocat.
Données de santé : formulaires et hébergement HDS
Un site vitrine qui présente le cabinet ne traite pas, en principe, de données de santé. Tout change dès qu'un formulaire demande un motif de consultation, des symptômes ou des documents médicaux. Trois règles simples :
- Ne collectez que le nécessaire : un formulaire de contact n'a pas besoin de connaître la pathologie. Un champ libre doit préciser de ne pas y indiquer d'informations médicales.
- Faites héberger les données de santé par un prestataire certifié : l'article L. 1111-8 du code de la santé publique impose que toute entité qui héberge des données de santé pour le compte de professionnels ou de patients soit certifiée « hébergeur de données de santé » (HDS), comme le rappelle l'Agence du numérique en santé. Vérifiez ce point pour votre outil de rendez-vous, de téléconsultation ou de messagerie.
- Soignez l'information des patients : politique de confidentialité, gestion des cookies et mesure d'audience conformes, comme expliqué dans notre guide RGPD et cookies.
L'accessibilité : un site lisible par tous vos patients
Une patientèle comprend des personnes âgées, malvoyantes, peu à l'aise avec le numérique ou consultant depuis un téléphone d'entrée de gamme. Quelques choix font une grande différence :
- un texte assez grand et bien contrasté, sans informations cachées dans des images ;
- des boutons « Appeler » et « Prendre rendez-vous » larges et visibles dès l'arrivée ;
- des images décrites par un texte alternatif, une navigation possible au clavier ;
- des pages légères qui s'affichent vite, même avec une connexion moyenne ;
- les informations d'accès physique au cabinet (marches, ascenseur, stationnement réservé).
Quel budget pour un site de cabinet ?
Un site de professionnel de santé est le plus souvent un one-page ou un petit site vitrine. Les fourchettes que nous publions sont de 800 à 2 000 € pour un one-page et de 1 500 à 4 000 € pour un site vitrine, plus 100 à 300 € par an d'hébergement et de nom de domaine ; le détail est dans notre guide créer un site internet en Guadeloupe. Pour un cabinet de groupe, un centre de santé ou une intégration spécifique (agenda, agent vocal), le chiffrage se fait sur devis.
Questions fréquentes
Un médecin a-t-il le droit d'avoir un site internet ?
Oui. Depuis le décret n° 2020-1662 du 22 décembre 2020, l'article R. 4127-19-1 du code de la santé publique permet au médecin de communiquer au public par tout moyen, y compris sur un site internet, des informations sur ses compétences, son parcours et ses conditions d'exercice. Cette communication doit rester loyale, honnête, sans témoignages ni comparaisons.
Un professionnel de santé peut-il afficher des avis patients sur son site ?
Pour un médecin, non : les commentaires du code de déontologie médicale publiés par l'Ordre écartent l'affichage de notes, évaluations, commentaires, remerciements ou témoignages de patients ou de tiers. Les autres professions de santé ont des règles proches, à vérifier dans le code de leur Ordre.
Un médecin peut-il faire de la publicité Google Ads ?
Non. L'article R. 4127-80 interdit d'obtenir, contre paiement ou par tout autre moyen, un référencement numérique prioritaire, et l'Ordre des médecins précise que cette interdiction vaut pour tous les usages d'internet. Un site clair et à jour et une fiche Google exacte restent en revanche possibles.
Faut-il un hébergement HDS pour le site d'un cabinet médical ?
Pas pour un simple site vitrine qui ne collecte aucune donnée de santé. En revanche, toute solution qui héberge des données de santé pour le compte de professionnels ou de patients (prise de rendez-vous avec motif, téléconsultation, dossiers, formulaires médicaux) doit être certifiée hébergeur de données de santé.
Quelles informations mettre sur le site d'un cabinet en Guadeloupe ?
Adresse et accès, accessibilité du cabinet, jours et horaires, modalités de rendez-vous, mode d'exercice, secteur conventionnel et fourchettes d'honoraires pour un libéral, modes de paiement, tiers payant, parcours et langues parlées, ainsi que la conduite à tenir en cas d'urgence.
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