Depuis le 28 juin 2025, l'accessibilité numérique n'est plus un sujet réservé aux sites publics. L'European Accessibility Act (EAA) impose aux entreprises qui vendent en ligne de rendre leur site utilisable par les personnes en situation de handicap : malvoyants qui naviguent avec un lecteur d'écran, personnes qui ne peuvent pas utiliser de souris, daltoniens, seniors qui agrandissent le texte. En Guadeloupe comme dans l'Hexagone, beaucoup de PME ne savent pas encore si elles sont concernées. Voici ce que disent les textes, qui doit agir, ce que vous risquez — et les corrections à faire en priorité.
L'European Accessibility Act en deux minutes
L'EAA est la directive (UE) 2019/882, adoptée en 2019. Elle harmonise les exigences d'accessibilité pour une liste de produits (ordinateurs, smartphones, terminaux de paiement, bornes libre-service…) et de services : commerce électronique, services bancaires aux consommateurs, communications électroniques, livres numériques, certains services de transport et d'accès aux médias audiovisuels.
En France, elle a été transposée par la loi n° 2023-171 du 9 mars 2023, qui a créé l'article L. 412-13 du code de la consommation, puis par le décret n° 2023-931 du 9 octobre 2023 et un arrêté du même jour qui fixe les exigences techniques. Ces règles s'appliquent aux services fournis après le 28 juin 2025.
Votre entreprise est-elle concernée ?
Le critère décisif est la nature du service. La directive définit le « service de commerce électronique » comme un service fourni à distance, par voie électronique, via un site ou une application mobile, à la demande d'un consommateur et en vue de conclure un contrat. Concrètement :
- A priori concernés : une boutique en ligne qui vend à des particuliers (prêt-à-porter, électroménager, produits locaux), un site de réservation avec paiement (location de voitures, excursions en mer, hébergement), la commande en ligne d'un traiteur ou d'un restaurant, une application mobile de vente.
- En principe hors champ : un site vitrine qui présente l'activité avec un simple formulaire de contact, sans vente ni réservation en ligne.
- Hors champ : les services vendus exclusivement à des professionnels, puisque la définition vise les contrats conclus avec des consommateurs.
La frontière peut être fine : prise de rendez-vous avec acompte, demande de devis qui débouche sur un paiement en ligne… En cas de doute, faites analyser votre parcours plutôt que de parier sur une interprétation.
L'exemption des microentreprises de services
L'article L. 412-13 dispense des exigences d'accessibilité, et des obligations qui s'y rattachent, les entreprises qui fournissent des services, emploient moins de dix personnes et dont le chiffre d'affaires annuel ou le total du bilan n'excède pas 2 millions d'euros. C'est la définition de la microentreprise posée à l'article 3 de la directive.
Deux exemples pour fixer les idées. Une boutique de prêt-à-porter de Pointe-à-Pitre, quatre salariés, qui vend aussi en ligne : elle est exemptée. Une enseigne d'équipement de la maison installée à Jarry, vingt-cinq salariés, qui a ouvert un site marchand : elle est concernée. Attention, l'exemption vise les prestataires de services ; les fabricants, importateurs et distributeurs de produits relèvent d'un régime différent.
Et l'exemption n'est pas un argument commercial. Chaque client qui n'arrive pas à finaliser son panier parce qu'un bouton n'est pas lisible ou qu'un champ n'est pas étiqueté est une vente perdue, avec ou sans obligation légale.
Les autres dérogations, encadrées
Le même article prévoit que les exigences ne s'appliquent pas si la mise en conformité imposait une modification fondamentale du service ou une charge disproportionnée. Ce n'est pas un joker : l'entreprise doit réaliser et documenter une évaluation, que le décret impose de renouveler au moins tous les cinq ans. Et une entreprise qui reçoit un financement destiné à améliorer l'accessibilité ne peut pas invoquer cette charge.
La directive (article 32) prévoit aussi une période transitoire jusqu'au 28 juin 2030 pour les services fournis avec des produits déjà utilisés avant juin 2025, et autorise les contrats de service conclus avant le 28 juin 2025 à se poursuivre jusqu'à leur terme, cinq ans au maximum. Ces mesures visent des situations précises : elles ne constituent pas un délai général pour mettre un site marchand en conformité.
Ce que la loi exige concrètement
Les exigences techniques sont fixées par l'arrêté du 9 octobre 2023. Le code de la consommation (article D. 412-59) prévoit que les services conformes aux normes harmonisées publiées au Journal officiel de l'Union européenne sont présumés conformes. Pour le web, ces normes s'appuient sur les WCAG (Web Content Accessibility Guidelines), le référentiel international du W3C.
En France, le RGAA (Référentiel général d'amélioration de l'accessibilité) traduit ces règles en 106 critères de contrôle. Il est obligatoire pour le secteur public, mais c'est aussi la grille la plus pratique pour auditer un site privé en français.
Au-delà de la technique, le prestataire de services a des obligations d'organisation (article D. 412-57) :
- concevoir et fournir le service conformément aux exigences d'accessibilité ;
- mettre à la disposition du public des informations expliquant comment le service répond à ces exigences, sous forme écrite et orale — en pratique, une page « Accessibilité » et une mention dans les conditions générales ;
- avoir des procédures pour que le service reste conforme dans le temps, à chaque mise à jour du site ;
- corriger les non-conformités et en informer les autorités ;
- fournir aux agents de contrôle les informations qui démontrent la conformité.
Contrôles et sanctions : ce que vous risquez
La DGCCRF fait partie des autorités chargées du contrôle, et les consommateurs peuvent signaler un manquement sur SignalConso. Un client malvoyant bloqué au moment de payer dispose donc d'un recours simple.
Côté sanctions, l'article R. 451-4 du code de la consommation, créé par le décret de 2023, punit de l'amende des contraventions de 5e classe le fait de fournir un service sans respecter ces obligations, de ne pas publier les informations d'accessibilité ou de ne pas communiquer aux agents de contrôle les éléments prouvant la conformité. Le plafond d'une contravention de 5e classe est de 1 500 euros (3 000 euros en récidive) selon l'article 131-13 du code pénal, et il est multiplié par cinq pour une société (article 131-41), soit 7 500 euros par infraction.
Le montant peut sembler modeste. Le vrai coût est ailleurs : un signalement visible, une mise en conformité à faire dans l'urgence, et des clients qui renoncent sans jamais vous le dire.
Accessibilité et conversion : le même combat
L'étude annuelle WebAIM Million (édition 2026) a détecté des erreurs WCAG automatiquement repérables sur 95,9 % des pages d'accueil du million de sites les plus visités, avec 56,1 erreurs en moyenne par page. Les plus fréquentes :
| Erreur détectée | Part des pages d'accueil |
|---|---|
| Contraste de texte insuffisant | 83,9 % |
| Image sans texte alternatif | 53,1 % |
| Champ de formulaire sans étiquette | 51 % |
| Lien vide | 46,3 % |
| Bouton vide | 30,6 % |
| Langue du document non déclarée | 13,5 % |
Ce sont exactement les défauts qui gênent aussi les clients « valides » : un texte gris clair illisible sur un smartphone en plein soleil, un formulaire de commande dont on ne comprend pas l'erreur, une icône de panier sans libellé. Un site accessible est un site plus simple à utiliser pour tout le monde — et mieux compris par Google et par les IA, qui lisent les textes alternatifs et la structure des titres.
8 actions rapides à lancer ce mois-ci
- Contrastes. Vérifiez le rapport entre la couleur du texte et celle du fond : le niveau AA des WCAG demande 4,5:1 pour le texte courant. Les boutons jaunes ou gris clair sont les premiers suspects.
- Textes alternatifs. Chaque image porteuse d'information (photo produit, visuel de promotion) doit avoir une description utile ; les images décoratives, un attribut alt vide.
- Formulaires. Chaque champ (nom, téléphone, adresse de livraison) a une étiquette visible et associée, et les messages d'erreur disent quoi corriger.
- Clavier. Faites le parcours complet, de la fiche produit au paiement, avec la seule touche Tab : tout doit être atteignable, et l'élément actif doit rester visible.
- Boutons et liens explicites. Bannissez les « cliquez ici » et donnez un nom accessible aux icônes (panier, WhatsApp, menu).
- Structure. Un seul titre principal par page, des sous-titres hiérarchisés et la langue déclarée dans le code (lang="fr").
- Médias et bandeaux. Sous-titrez vos vidéos, évitez la lecture automatique avec le son, et vérifiez que votre bandeau cookies se ferme au clavier — un point qui rejoint notre guide RGPD et cookies.
- Page « Accessibilité ». Indiquez l'état de conformité, un contact pour signaler un problème et une alternative (téléphone, WhatsApp) pour finaliser une commande.
Ensuite, testez vous-même dix minutes avec le lecteur d'écran de votre téléphone (VoiceOver sur iPhone, TalkBack sur Android) sur votre parcours d'achat. L'expérience est souvent plus parlante qu'un rapport d'audit.
La méthode : intégrer l'accessibilité sans tout refaire
- Auditer les pages qui rapportent. Accueil, fiche produit, panier, paiement, contact : un audit automatique pour dégrossir, puis une vérification manuelle selon la grille RGAA.
- Corriger les gabarits, pas les pages une à une. Sur WordPress, WooCommerce ou Shopify, la plupart des défauts viennent du thème : une correction dans le modèle règle des centaines de pages.
- Profiter des chantiers en cours. Une refonte de site ou un travail sur la vitesse et les Core Web Vitals est le bon moment pour intégrer l'accessibilité dès la conception.
- Former ceux qui publient. La personne qui ajoute les produits doit savoir rédiger un texte alternatif et structurer une description.
- Contrôler à chaque mise à jour. Ajoutez un test d'accessibilité à votre routine de publication, comme vous vérifiez déjà les prix et les stocks.
Si vous préparez le lancement d'une boutique, notre guide pour vendre en ligne en Guadeloupe détaille les choix de plateforme ; exigez dans le cahier des charges un thème conforme aux WCAG. Pour un site existant comme pour un nouveau projet, notre équipe création de sites peut intégrer ces exigences dès l'audit de départ, sur devis.
Questions fréquentes
Mon site vitrine est-il concerné par l'European Accessibility Act ?
En principe, l'EAA vise les services de commerce électronique, c'est-à-dire les sites et applications qui permettent à un consommateur de conclure un contrat à distance. Un site vitrine sans vente ni réservation en ligne n'entre pas dans cette définition, mais la frontière devient fine dès qu'un paiement ou une réservation est possible.
Les petites entreprises sont-elles exemptées ?
Oui pour les services : les entreprises de moins de dix personnes dont le chiffre d'affaires annuel ou le total du bilan ne dépasse pas 2 millions d'euros sont dispensées des exigences d'accessibilité (article L. 412-13 du code de la consommation). Si votre effectif atteint dix personnes, ou si votre chiffre d'affaires et votre total de bilan dépassent tous deux 2 millions d'euros, l'obligation s'applique.
Quelles sanctions en cas de site non accessible ?
Le code de la consommation (article R. 451-4) punit les manquements des prestataires de services de l'amende des contraventions de 5e classe : jusqu'à 1 500 euros pour une personne physique et 7 500 euros pour une société, par infraction. La DGCCRF fait partie des autorités de contrôle, et les clients peuvent signaler un manquement sur SignalConso.
RGAA ou WCAG : quel référentiel suivre ?
Les WCAG sont le référentiel international du W3C sur lequel s'appuient les normes européennes. Le RGAA en est la déclinaison française en 106 critères de contrôle : c'est la grille la plus pratique pour auditer un site en français, même pour une entreprise privée.
Par quoi commencer pour rendre mon site accessible ?
Par le parcours qui rapporte : fiche produit, panier, paiement et formulaire de contact. Corrigez les contrastes, les textes alternatifs, les étiquettes de formulaire et la navigation au clavier, puis publiez une page « Accessibilité » avec un contact pour signaler un problème.
Votre site marchand est-il prêt pour l'European Accessibility Act ?
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